Il aura fallu que le ministre des Finances et de l’Économie annonce ce que beaucoup de spécialistes avaient déjà dit sur le déficit budgétaire pour que les rumeurs d’élections reprennent de plus belle au Québec. Quelques heures seulement après la sortie publique du ministre, les journalistes invoquaient déjà cette possibilité. Certes, notre première ministre a repris le bâton du pèlerin et s’est remise à faire des annonces à un rythme effréné, mais comment se fait-il que nous soyons presque toujours en train de faire les gérants d’estrade sur la tenue d’élections générales?

Évidemment, les canaux d’information qui diffusent maintenant 24 heures sur 24 ne sont pas étrangers au fait qu’il faut de la nouvelle ou à tout le moins en créer une…et les rumeurs d’élections sont en général de bonnes lignes pour la une d’une nouvelle ou pour alimenter les discussions de tous ces chroniqueurs politiques que nous retrouvons à toutes les chaines de télévision et de radios, et ce à toute heure du jour et de la nuit. De plus, toutes les personnes férues de politique s’en donnent à coeur joie sur les médias sociaux. Toutes semblent avoir une idée de la date des élections ou se sentent obliger de donner leur opinion pour montrer qu’elles sont bien branchées. Par ailleurs, il faut bien alimenter son compte Twitter ou son Facebook. Mais, j’ai appris au fil des années à côtoyer le monde politique que trop souvent « Ceux qui savent ne parlent pas, ceux qui parlent ne savent pas.».

Les raisons pour se lancer en élections sont assez limitées. Je comprends que les penseurs et stratèges politiques analysent chacune des situations et veulent trouver les fenêtres d’opportunité, mais en réalité je m’attarderais à trois raisons.

La première et sans contredit la plus importante et la plus significative est les résultats des sondages. Croyez-vous sincèrement que la première ministre, tout comme les autres premiers ministres précédents, a l’intention de lancer sa formation politique en campagne électorale lorsque les sondages leur sont plus ou moins favorables? La réponse pour moi est non. Mis à part quelques exceptions pourquoi un gouvernement risquerait de perdre le pouvoir même s’il est minoritaire. D’ailleurs, je suis certain que le dernier sondage paru le 20 novembre dernier a été examiné sur toutes ses coutures : la répartition du vote francophone, les comtés où les derniers résultats ont été très serrés, etc. Tout est analysé dans le moindre détail. Faites-en l’expérience avec le dernier sondage Crop.  http://www.crop.ca/sondages/pdf/2013/Rapport%20politique%20-%20Novembre%202013.pdf

La deuxième raison est ce que j’appelle l’immobilisme, c’est-à-dire, que les possibilités de gouverner sont pratiquement nulles. Lorsqu’un gouvernement ne peut faire passer ses réformes, faire adopter ses projets de loi ou mettre de l’avant ses propres politiques, on développe le sentiment de ne plus avoir la légitimité de gouverner. Cela peut alors forcer un gouvernement vers la tenue d’un scrutin qu’il déclenchera lui-même en disant à la population qu’il veut bien diriger et gouverner, mais qu’il ne peut pas… en espérant que la population lui fasse à nouveau confiance. C’est le pari que s’était donné en 2008 Jean Charest lorsqu’il a demandé au lieutenant-gouverneur de dissoudre le parlement et de convoquer des élections générales.

La troisième raison et la dernière quant à moi est le fatalisme. Comment dire… il n’y a plus de raisons de croire que le gouvernement peut encore gouverner. Tout a été essayé et plus rien ne peut fonctionner. Prenons comme exemple, que les partis d’opposition ont déjà laissé passer un premier budget et qu’il serait mal vu d’en adopter un deuxième et ainsi appuyé à nouveau le gouvernement. En mars prochain cela fera 18 mois que le gouvernement minoritaire de Pauline Marois aura été porté au pouvoir, un délai que plusieurs considèrent comme acceptable pour un gouvernement minoritaire. Et en mars prochain cela fera aussi plusieurs mois que les chefs des partis d’opposition auront clamé sur tous les toits qu’ils sont prêts à aller en élection. Comment alors revenir sur leurs paroles une fois de plus !

Ceci étant dit, je ne prononcerai pas sur la date des prochaines élections, mais je commence à croire fortement qu’une et même deux ou trois de ces raisons s’appliqueront inévitablement dans quelques mois. Entre temps, la période des Fêtes permettra aux politiciens d’aller sonder le cœur des électeurs de leur circonscription et faire rapport à leur chef respectif de l’état d’âme de la population québécoise.