Mettre fin au marché noir, une mission impossible ?

Alain Brunet, président et chef de la direction de la Société des alcools du Québec (SAQ), a expliqué récemment qu’il s’affaire à mettre en place la future Société québécoise du cannabis (SQDC). Alors que le projet de loi est toujours à l’étude à l’Assemblée nationale, M. Brunet estime être en mesure de rapatrier 30 % des parts du marché noir grâce à des prix concurrentiels dès la première année d’opération de la SQDC. Est-ce une cible réaliste ? Pour y arriver, la SQDC devra être en mesure de relever les défis liés au prix, à l’accessibilité et à la qualité du produit.

Commençons d’abord par étudier la question du prix. Selon Statistique Canada, le prix du gramme sur le marché noir est passé de 9,40 $ en 2013 à 7,43 $ en 2017 au Canada. Nous avons appris cette semaine que le prix du gramme commercialisé par la SQDC devrait se situer autour de 6 $. Est-ce suffisamment compétitif? En début d’année, Statistique Canada a sondé les Canadiens afin de connaître le prix qu’ils payent actuellement pour un gramme de cannabis. 15 000 personnes ont répondu au sondage en ligne. Alors que la moyenne nationale se fixait à 6,79 $ du gramme, au Québec, le prix s’établissait à 5,89 $. Le marché noir québécois réagit déjà à la légalisation anticipée du cannabis en diminuant ses prix. Il pourrait ainsi être très difficile pour les provinces qui ont choisi d’écarter le privé de l’équation de gagner le combat sur les prix.

En ce qui concerne l’accessibilité, la future SQDC débutera ses activités avec un réseau de 20 succursales, dont à Drummondville, Trois-Rivières, Lévis, Québec et Montréal sont connus. Alors que le défi sera de desservir efficacement et en temps opportun le vaste territoire québécois, la SAQ a lancé un appel d’offres afin de trouver une entreprise capable de livrer 30 000 colis par semaine à l’intérieur d’un délai de 48 heures. Conséquemment, si la SQDC souhaite rivaliser avec le marché noir en matière de livraison, elle devra rapidement atteindre son objectif de 100 à 150 succursales pour ainsi couvrir l’ensemble du territoire québécois. L’implantation de ces succursales a par ailleurs le potentiel de soulever des préoccupations dans les communautés d’accueil et d’être confronté à un enjeu d’acceptabilité sociale.

Un autre aspect, qui sera un enjeu majeur pour le consommateur, sera le produit en soit. À ce chapitre, la SQDC pourra tirer son épingle du jeu. Nous savons déjà qu’il y aura plus de 150 produits différents sur les tablettes à l’ouverture des premières succursales. La SQDC pourra également contrôler la qualité du produit, ce qui est un élément important pour plusieurs consommateurs. Le marché noir risque d’avoir de la difficulté, à long terme, à rivaliser sur ce terrain. Il tentera sûrement de s’ajuster en offrant des produits à plus grande teneur en THC afin de fidéliser une certaine clientèle.

En conclusion, le réseau des premières succursales mis en place cet automne, sera sans doute amené à évoluer. Si l’on se fie à l’expérience du Colorado et aux données d’une étude réalisée en 2016 publiée par le Marijuana Policy Group, deux ans après la légalisation du cannabis dans cet État américain, 59 % de la demande totale en cannabis était desservie par le marché légal. À ce titre, la cible de la SQDC semble réaliste. Il suffira de bien adapter le modèle afin de répondre aux besoins.

Renseignement:

Pascal Chouinard, directeur de comptes

Hill+Knowlton Stratégies

500, Grande Allée Est, Bureau 250 Québec, Québec, G1R 2J7

Courriel : pascal.chouinard@hkstrategies.ca

Cellulaire : +1 418 928-3918

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