Quand j’étais jeune relationniste, au début des années 90 (et que je n’en entende pas un(e) me dire que je suis vieux!), le cycle de nouvelles comprenait essentiellement deux temps forts : tôt le matin (avec la parution des journaux et les émissions de radio les commentant) et en fin de journée (avec les téléjournaux). On travaillait avec une contrainte implacable à l’époque, le deadline (l’heure de tombée).

«Que c’était pittoresque», me diront sans doute les jeunes relationnistes d’aujourd’hui.

Qu’est-ce qu’un cycle de nouvelles? C’est essentiellement la nouvelle elle-même, les réactions, les analyses, les contre-réactions s’il y a lieu, et l’arrivée d’une nouvelle information qui pousse l’ancienne vers l’oubli.

À l’époque, le cycle en question pouvait prendre une couple de jours.

Puis, en 1995, avec la mise en ondes de RDI, le cycle s’accélère. Et le deadline disparaît (ou presque).

Aujourd’hui, c’est le web et les médias sociaux qui font que le cycle s’accélère encore plus.

Vendredi dernier, je crois bien qu’on a atteint un nouveau record. Un cycle de nouvelle de 21 minutes!

C’est Mitt Romney, candidat républicain briguant la présidence américaine qui a parti le bal en disant à 12h23:

Now I love being home in this place where Ann and I were raised, where both of us were born. Ann was born in Henry Ford Hospital. I was born in Harper Hospital. No one’s ever asked to see my birth certificate. They know that this is the place that we were born and raised.

Évidemment, le fait qu’il évoque les questions au sujet de son lieu de naissance référait à la controverse (fabriquée) sur le lieu de naissance de Barack Obama. Et le fait qu’il se soit ainsi associé aux birthers (qui croient qu’Obama est né au Kenya, le rendant inéligible à la présidence) en a fait sursauter plusieurs. Le journaliste Phil Rucker du Washington Post a tweeté une partie de la même citation, à 12h23, dans la même minute donc, tweet qui a été retweeté plus de 125 fois.

À ce moment, la fréquence de l’utilisation du terme «birth certificate» sur Twitter cinq fois/minute (innocemment, pour diverses raisons) à 138 fois/minute en quatre minutes, puis jusqu’à 275 fois/minute selon les chiffres de Topsy.

À 12h27, POLITICO a mis en ligne la remarque de Romeny. Dans la même minute, le Washington Post a publié un article demandant Did Mitt Romney make a birther joke?

À 12:28, BuzzFeed a mis en ligne une capsule vidéo du commentaire sur YouTube.

Et déjà à 12h41 (seulement 18 minutes après que les propos aient été prononcés!), la campagne Romney s’est vue dans l’obligation de mettre en ligne une réponse (un peu défensive).

The governor has always said, and has repeatedly said, he believes the president was born here in the United States. He was only referencing that Michigan, where he is campaigning today, is the state where he himself was born and raised.

Trois minutes plus tard, 21 minutes après que les commentaires aient été émis, c’est au tour de la campagne Obama de sauter sur l’occasion par le biais d’un courriel envoyé en masse aux journalistes couvrant la politique:

Throughout this campaign, Governor Romney has embraced the most strident voices in his party instead of standing up to them. It’s one thing to give the stage in Tampa to Donald Trump, Sheriff Arpaio, and Kris Kobach. But Governor Romney’s decision to directly enlist himself in the birther movement should give pause to any rational voter across America.

Lors de la dernière élection, un cycle comme celui-là pouvait prendre une journée complète et durer plus longtemps encore. Maintenant, c’est à peine si ça se retrouve dans le journal du lendemain. Les journalistes s’étant dépêchés de tweeter la nouvelle et s’étant fait bombarder de commentaires pendant une courte – mais intense – période de sprint, ils sont déjà blasés de l’affaire une fois la journée terminée.