Chroniqueur pour le New York Times et blogueur pour le populaire Bits Blog, Nick Bilton envisageait en juillet dernier que son épitaphe allait probablement contenir le message suivant : «Nick Bolton, celui qui répondait à des milliers de courriels par mois. Qu’il repose en paix». Le talentueux et visionnaire Mark Zuckerberg, quant à lui, prédisait en 2010 la mort prochaine du véhicule technologique du courrier électronique, dixit le Bureau Gartner, spécialiste américain des études sur les technologies de l’information et de la communication, qui prévoyait en 2010 que 20% des entreprises mondiales remplaceraient le courriel par les médias sociaux d’ici 2014.  Le glas a-t-il sonné pour l’email?

Si, pour certains, une boîte de réception pleine de courriels peut leur rendre la vie difficile, pour d’autres, elle la rend dangereuse; c’est le phénomène du email stress. De nombreuses études ont prouvé que l’angoisse naissant de la réception incessante de messages ainsi que de l’incontournable tri de cette masse gigantesque d’information causait une hausse de la tension artérielle et du rythme cardiaque chez plusieurs sujets (étude California Irvine/US Army). Si cela vous fait rouler des yeux et vous semble exagéré, rabattez-vous sur les statistiques suivantes: un professionnel passe en moyenne 23% de son temps de travail à rédiger ou répondre à ses courriels (étude Université Glasgow), et cela lui prend également en moyenne 64 secondes pour retourner à sa tâche initiale une fois la missive lui étant destinée lue et analysée (étude Université Loughborough).  De quoi tuer la productivité.

Mais si une boîte de courriels Outlook qui déborde peut vous donner envie de passer votre BlackBerry au robot culinaire, un compte Facebook regorgeant de messages et d’alertes n’aurait pas la même signification… Et cela s’explique par le caractère asynchrone de la technologie du courrier électronique.  Alors que les médias sociaux actuels misent sur un service instantané, les courriels, eux, continuent de s’empiler après votre départ. Une conversation par email est conditionnelle à la disponibilité de votre destinataire : on envoie un message, on attend une réponse. Les médias sociaux, eux, permettent d’échanger, de communiquer et de prendre des décisions instantanément. Ils sont rapides et utilisés par la majorité de la population active.

Au Québec seulement, 64,2% des adultes et 91% des 18-34 ans utilisent les médias sociaux Toutefois, alors que l’importance des nouveaux médias de l’information est grandissante dans la sphère privée des Québécois, leur présence reste marginale au travail: en 2011, seulement 4,4%  des adultes les citaient comme principaux outils de communication dans un contexte professionnel (rapport NeTendances 2012). Ainsi, il est légitime de se questionner sur l’intégration de Facebook et de Twitter comme outils de travail au bureau. Alors que plusieurs ingénieurs et techniciens se penchent sur l’éventuel web 3.0, de nouveaux programmes et applications qui empruntent le concept à la fois du courriel et de l’instantanéité des médias sociaux font surface. Ce sont les Yammer, Zoho et Google + pour les Pros de ce monde. Ces plateformes conçues pour l’espace de travail moderne permettent l’échange d’information et la correspondance instantanée, et suppriment les longues chaînes de courriels où l’utilisateur doit lire tous les «Ok, merci» superflus de ses collègues. Elles permettent de prioriser les différentes tâches et projets, et réduiraient le trafic de courriels internes de plus de 40%. Ces programmes offrent aussi aux utilisateurs le contrôle sur l’information qu’ils consultent et visionnent, alors que pour le courriel, nul n’a le choix de l’ouvrir pour y étudier la pertinence de son contenu.  Toutefois, et vous l’aurez bien compris, ces plateformes deviennent obsolètes lorsque l’échange de l’information se fait avec un client ou un fournisseur qui, lui, utilise encore le courrier électronique.

Au final, prédire la mort des courriels est probablement prématuré.  En 2010, 107 billions de messages ont été envoyés, il est donc plus réaliste de croire que l’email est là pour rester. Cependant,  les sociétés et organisations resteront toujours à l’affût de nouvelles façons d’augmenter la productivité de leurs employés, et c’est là où le courriel devra s’adapter aux réalités actuelles des nouvelles technologies de l’information. À suivre.