(Article publié originellement sur le site Droit Inc. le 22 août dernier)

Sondages récents à l’appui, le portrait du prochain gouvernement tend à se dessiner graduellement. Des surprises ? Pas tellement, du moins si on part de la prévisible prémisse qu’il s’agit ici d’une bataille à trois.

Exit ainsi Québec solidaire, idem pour Option nationale. Malgré de vaillants efforts, ceux-ci semblent se confiner au statut de partis marginaux. Un peu moins dans le cas de QS, bien que l’on puisse se questionner sur leur apparente incapacité à galvaniser le vote issu des contestations printanières. Certes, Françoise David ira potentiellement rejoindre son collègue Khadir sur les bancs de l’Assemblée nationale, et ce, surtout depuis son impressionnante prestation au premier débat. Avouons tout de même que pour un parti bénéficiant d’une visibilité médiatique plutôt raisonnable, deux seuls députés, trois au mieux, ce n’est pas exactement la mer à boire.

Quant à ON, disons que le famélique deux pour cent d’intentions de vote actuels a sûrement pour effet d’assurer le sourire de madame Marois. Surtout si le transfuge Aussant en vient à perdre son siège au profit de son parti. Scénario sinon probable, au moins possible. Le cas échéant, parions que les télé-diffuseurs porteront une partie du blâme quant à la déconfiture d’ON, expliquée alors par l’absence de celle-ci aux divers débats. En vrai, Option nationale, tout comme le Parti vert d’ailleurs, sera en quelque sorte victime du syndrome de la saucisse Hygrade inversé : on lui restreint la visibilité médiatique du fait qu’il est méconnu, et il est méconnu du fait qu’on lui restreint la visibilité médiatique.

Bataille à trois, disions-nous. Selon les derniers coups de sonde, dans l’ordre : PQ, PLQ et, tout près derrière, la CAQ. Même si le Parti québécois formait, à la mi-temps de la campagne, un gouvernement tout juste majoritaire (64 députés sur une possibilité de 125), il est encore bien loin de la coupe aux lèvres. Tout est encore « up for grab », comme le veut l’expression. Voici quelques observations sur la campagne des trois coureurs et, indirectement, la teneur des impacts de la couleur du prochain Exécutif.

PLQ

Déclenchant des élections en plein été, et préalablement aux travaux de la Commission Charbonneau, Jean Charest a visiblement misé sur l’apathie citoyenne. Selon toute vraisemblance, mauvais pari. Loin de passer sous le radar, la présente campagne occupe ironiquement l’ensemble de l’espace médiatique et, bienvenue en 2012, des réseaux sociaux. Sur ces derniers, notamment, on se déchaîne envers les libéraux : parodies publicitaires, accusations de corruption incessantes et autres injures de même acabit. En bref, le tour de passe-passe cynique manigancé par Charest et ses stratèges semble lui sauter en plein visage. Loin de s’amenuiser, la grogne populaire a plutôt atteint un nouveau degré d’effervescence d’autant canalisé notamment par l’ampleur de la mobilisation incitant la population, les jeunes au premier chef, à exercer son droit de vote. À ceci s’ajoute le refus par celle-ci de démontrer une quelconque réceptivité à la marotte économique des libéraux. Sans surprise, remarquons bien. Non seulement ce discours possède franchement des allures de vieux disque usé, mais pis encore, il souffre d’un manque de crédibilité flagrant. Quel sérieux doit-on accorder à un gouvernement qui fait de l’économie son principal cheval de bataille, sachant que le bilan de ce dernier à cet effet frôle le ridicule ? La dette provinciale n’a jamais été aussi élevée. Idem pour son ratio relatif au PIB. Le déficit prévu pour le présent exercice sera encore plus important qu’annoncé initialement par le ministre Bachand. Les dépenses publiques? Pas vraiment la peine d’en parler.

En somme, même l’éternel discours de type chambre de commerce de ce gouvernement ne peut résister à une analyse rigoureuse des faits. Alors il reste quoi ? La stabilité, nous dit Charest. Ah bon. Mais en termes de quoi ? De médiocrité ? De mauvaise gestion ? D’improvisation ? D’accusations fallacieuses ? Pitié. Mais, quoi d’autre alors ? La crainte de la rue ? Svp.

Ça sent la fin d’un régime, pour tout dire. Et à part ses dirigeants et leurs amis, difficile de s’attendre à un déluge de larmes bien senties.

PQ

À vrai dire, l’argument principal sur lequel les libéraux (et la CAQ, il va de soi) devraient pouvoir compter, réside dans le refus, pour la majeure partie de la population, d’entrer de nouveau dans la parade référendaire. Les chiffres, en date du 11 août dernier, parlent d’eux-mêmes : seulement 36% de la population voterait « OUI » à un référendum sur la souveraineté. Fort à parier que la balance du citoyen québécois, soit 64%, dort plutôt bien même sans la possibilité d’aller prochainement mettre son X dans une urne référendaire.

Boulet au pied du PQ, ainsi donc ? En théorie, oui. Pourtant, rien de ceci ne semble transparaître en pratique. Loin de tasser l’éventualité référendaire sous le tapis, Pauline Marois a plutôt fait l’inverse : promouvoir le concept d’indépendance, et cela, dès le début de la campagne. Stratégie pour couper l’herbe sous le pied de ON et QS ? Probablement. Et malgré les risques électoraux associés à une telle stratégie, aucune séquelle apparente, du moins au présent stade. Comme quoi la mathématique d’un sondage possède souvent d’imprévisibles limites, celles-ci étant potentiellement explicables par le ras-le-bol généralisé envers les libéraux et, conséquemment, par le réflexe d’alternance naturelle dont jouit actuellement le PQ.

Cela dit, avouons l’inavouable : quelconque non-souverainiste choisissant d’accorder son vote au PQ, risque de souffrir, après-coup, d’une sale gueule de bois. Les bonzes du parti ont beau séduire l’électeur hésitant en précisant qu’il lui sera loisible de refuser l’option souverainiste une fois le référendum tenu, la réalité demeure plus nuancée, voire complexe.

Dès l’élection, le Parti québécois aura remis en marche le processus visant à mousser l’option. À l’instar de la stratégie Parizeau (contrairement à celle de Lévesque qui a toujours refusé une telle pratique), certains fonds publics seront utilisés à cet escient.

Normal ? Oui. Il s’agira d’un gouvernement engagé sur la voie référendaire, conformément à l’article premier de son programme. Il sera facile pour lui de prétendre, après-coup, avoir été élu afin de mettre en place toute mesure assurant la réalisation de son objectif principal. Pensons aussi à l’instauration de référendums d’initiative populaire promis par le PQ, lesquels permettront à leurs militants les plus convaincus, si le nombre suffit, de mettre eux-mêmes en marche le processus pertinent.

Ainsi, bien candide celui qui sera surpris de voir la mise sur pied d’un comité pour le « OUI » et de campagnes publicitaires d’envergure à cet effet, des commissions régionales sur l’avenir du Québec, une politique de la chaise vide et une confrontation incessante avec Ottawa. À cet effet et pour paraphraser Parizeau : « quoi de mieux qu’une bonne chicane avec le fédéral afin de mousser l’appui à la souveraineté ? » Bonne question.

En d’autres termes, même si un vote pour le PQ ne constitue pas un vote pour le « OUI », il demeure tout de même un vote pour la mise en marche référendaire. À compter du 5 septembre. Pour le meilleur et pour le pire.

CAQ

Le joker de la présente élection. On croyait initialement que ce parti subtiliserait essentiellement la base électorale péquiste. C’est du moins ce que démontrait l’ensemble des sondages de 2011. Changement de cap.

En soulignant qu’il voterait actuellement « NON » à un référendum sur la souveraineté, François Legault a plutôt décidé de s’inviter au party des libéraux. Séduction des anglophones, fédéralistes ou autres souverainistes fatigués. Force est de constater, à ce stade, un certain succès de ladite stratégie.

Suffisante afin de doubler le PQ à titre de gouvernement, minoritaire ou majoritaire ? Moins sûr. Quelques écueils sont à prévoir, à mon sens.

D’abord, en faisant part de ses intentions référendaires, nul doute que Legault laisse le champ libre au PQ à cet effet. Contrairement, par exemple, à un Dumont, lequel avait joué la carte de l’ambivalence à satiété, la CAQ vient fort probablement de s’aliéner le vote souverainiste.

Deuxièmement, afin de conserver sa base adéquiste, Legault semble sentir la nécessité de jouer sur le terrain de jeu traditionnel du défunt parti : les préjugés. Propos grossiers et raisonnements carrés de type taverne, sur les femmes, les jeunes, l’immigration. Désolant, surtout de la part d’un individu se réclamant du changement à tout prix.

Idem pour les solutions miracles. Gérer l’État comme on gère l’entreprise privée. Évaluer les institutions scolaires et les performances de ses enseignants sans tenir compte de la réalité socio-économique. Dégraisser Hydro-Québec (à l’aveuglette), promettre un médecin de famille à tous et chacun (bonne idée, on aurait dû y penser avant), abolir les commissions scolaires et transposer leurs responsabilités aux municipalités (celles-ci vont être ravies, vu l’ampleur de leurs ressources financières et le temps disponible).

Enfin, un dernier point, même si ceci semble peu repris par les autres partis et médias : la crédibilité de Legault lui-même. N’est-il pas celui qui clamait haut et fort l’urgence de réaliser la souveraineté, cri du cœur appuyé par une étude économique rigoureuse promettant de dégager des surplus de quelques milliards de dollars annuellement advenant celle-ci. Le chef de la CAQ rétorque ici que la conjecture a bien changé depuis. Faut dire que l’étude remonte à aussi loin que… 2005.