Novembre achève. Movember aussi. Une initiative louable, mais dont le sens a peut-être été détourné au profit du «m’as-tu-vu». C’est un peu général comme affirmation, mais vous comprenez. Je dénonce ici les gars qui portent la moustache en novembre, oui par solidarité pour la cause, mais qui le font surtout, encore là selon moi, pour faire partie de la gang.

Je n’ai évidemment aucune statistique à l’appui, mais je suis convaincu qu’une grande partie des nouveaux moustachus n’amassent aucun don pour soutenir la cause du cancer de la prostate. Je trouve ça dommage, mais je devrais m’en remettre.

Surtout que peu importe leur motivation, ces poilus de la lèvre supérieure ont le mérite d’avoir mis sur la mappe l’importance de s’attaquer au cancer de la prostate.

À l’heure où le ruban rose est omniprésent dans nos vies et dans les stratégies marketing des entreprises et des équipes sportives, la bonne vieille prostate a réussi à se faufiler et sortir de l’ombre l’instant de 30 jours.

Il faut aussi saluer les hommes qui n’ont pas eu peur de parler publiquement de ce cancer. Quand on sait qu’au Canada 26 500 nouveaux cas de cancer de la prostate seront diagnostiqués en 2012 (73 par jour) et que 4 000 hommes (11 par jour) perdront leur bataille contre cette maladie, on comprend qu’il est important qu’on y accorde une attention particulière.

Pour mettre ces statistiques en perspective, 22 700 nouveaux cas de cancer du sein surviendront en 2012 (62 par jour) et 5 000 femmes en mourront (14 par jour).

Loin de moi l’idée d’ouvrir une guerre entre les deux causes. C’est juste que j’ignorais le côté si ravageur du cancer de la prostate. Je trouvais la campagne Movember rigolote, bien pensée et accrocheuse, mais elle vient, dans mon esprit, de prendre une tout autre signification.

Les efforts de communication entourant la cause auront aussi permis au Canada de se hisser à la première place en termes de dons recueillis par pays. Est-ce que cela signifie que les efforts de relations publiques sont suffisants? Je crois que oui en ce qui concerne Movember, mais peut-être pas assez pour la maladie. Il faut donc redoubler d’ardeur, multiplier les efforts et les initiatives pour que le cancer de la prostate soit réellement perçu comme un menace, au même titre que d’autres maladies qui bénéficient d’une meilleure couverture de presse. Et la solution passe aussi par les hommes eux-mêmes qui doivent briser le silence.

Comme plusieurs hommes, je souhaite retarder au maximum mon test de dépistage. Je n’ai vraiment pas hâte à la cinquantaine et le test y est probablement pour quelque chose. Ça, et le fait que mon fils sera en pleine crise d’adolescence. Mais passons. Movember pourra assurément se targuer d’avoir allumé une lumière en moi et en plusieurs autres jeunes hommes sur l’importance de se soucier de cette maladie qui est encore bien taboue.

La rédaction de ce billet aura réussi à modifier (un peu) ma façon de voir les hommes à la moustache de convenance, puisque s’ils l’arborent ne serait-ce que pour se remémorer les risques de la maladie, voilà là un effort louable. C’est bien beau mes états d’âme, mais maintenant, passons à l’acte et donnons.