La saison estivale est toujours une période politique assez particulière à planifier. Les esprits se sont échauffés lors de la fin de session à l’Assemblée nationale ; c’est un classique. Cette année, le retour au Salon bleu pour voter la Loi spéciale sur la construction aura eu raison de l’esprit de collaboration des gouvernements minoritaires. Maintenant, les parlementaires ont hâte de retourner en circonscription. Certains prennent de longues vacances en Europe, d’autres en profitent pour se reposer, alors que les plus passionnés (ou ceux avec des majorités électorales plutôt faibles!) vont travailler sans relâche pour leurs enjeux locaux et offrir une visibilité maximale aux multitudes évènements communautaires.

Somme toute, l’été marque une pause et permet de se préparer au chapitre automnal. Les planifications stratégiques des partis politiques prévoient toujours des objectifs de positionnement. Ils doivent certainement conjuguer avec un rythme de l’actualité beaucoup plus lent. Les ministres ne peuvent compter sur une cadence rapide de leur fonction publique, les vacances estivales frappent de plein fouet; tout roule au ralenti dans un ministère pendant l’été. Croyez-moi, j’écris en connaissance de cause! Les députés d’opposition ont beaucoup plus de difficulté à se rendre visibles, d’une part parce que la tribune que leur offre la période des questions et réponses orales est ajournée, mais d’autre part, puisque les journalistes, eux aussi, ont le droit de souffler un peu et prendre des vacances. Ces deux éléments expliquent en grande partie pourquoi l’été, c’est souvent le gouvernement qui détient le momentum, sous réserve d’une crise qui pourrait accaparer toute l’attention médiatique; parlez d’algues bleues avec Line Beauchamp et vous comprendrez!

Je me risque, bien humblement, à énumérer les devoirs de chacun des partis politiques pour l’été.

Pour le Parti Québécois, la période estivale peut lui fournir l’occasion de contrôler l’agenda politique à nouveau. La force de frappe de l’opposition étant moins forte, il peut profiter d’un chemin libre pour des annonces gouvernementales populaires. Ses ministres pourront reprendre le contrôle de leurs moyens et planifier adéquatement la rentrée d’automne. Parfois, le feu roulant du gouvernement ne permet pas de se mettre dans la perspective du citoyen. Toutefois à l’automne prochain, cette excuse ne sera plus possible; leurs ministres devront donc être ressourcés et connectés sur les besoins de la population.

Le Parti libéral devra miser sur son organisation et sa remise en question. L’arrivée d’un nouveau chef est une opportunité pour les libéraux de redéfinir leur programme politique. De grands travaux sont enclenchés à l’interne et les militants seront certainement occupés tout l’été. Il s’agit davantage d’un travail de coulisses. Si, généralement, un retour à l’opposition après de nombreuses années au pouvoir est synonyme d’une longue marche dans le désert, la conjoncture actuelle, soit la fragilité du gouvernement et la force de Philippe Couillard dans les sondages, ne donnent pas beaucoup de temps libre au PLQ. Les travaux militants et la reconstruction du parti devront s’effectuer d’ici l’automne. Bref, beaucoup de pain sur la planche.

Quant à la CAQ, François Legault a beau faire des pirouettes sur tout et n’importe quoi, les Québécois ne semblent pas être séduits par son option. Il ne profite d’aucune manière de la déconfiture de Pauline Marois. Selon les derniers sondages, si des élections avaient lieu aujourd’hui, il ne pourrait espérer faire élire autant de députés. Pour éviter de goûter au même sort électoral que Mario Dumont en 2008, il doit redevenir le porteur de ballon principal de l’intégrité au Québec. Son positionnement Monsieur Net lors de l’élection générale lui a certainement été profitable, et, avec Duchesneau en prime, le message a passé. Toutefois, il a échappé le ballon lors de la dernière session et le cynisme généralisé de la population ne fait plus exception pour sa formation politique. Les caquistes a ont bien compris qu’ils doivent récupérer cet espace politique et ont lancé en grande pompe une pétition en ligne et des publicités sur le thème de la collusion et la corruption. Leur objectif est d’arriver en septembre avec une légitimité plus forte sur cet enjeu et tenter de ravir le positionnement sur l’intégrité. Bref, un gros défi, mais certainement une bonne carte à jouer.

Somme toute, j’espère que nos politiciens trouveront le temps de se reposer un peu cet été. L’automne risque de nous fournir du suspense et de la tension. Certains projets de lois annoncées sont de vraies couleuvres pour les partis d’opposition, autant la CAQ que le PLQ voudront jouer aux coqs et, manifestement, la session parlementaire qui vient de se terminer nous a démontré que le gouvernement Marois ne cherchera pas nécessairement à être rassembleur. Beaucoup d’instabilité à prévoir. Bon été!