En cette fin de semaine de l’Action de grâce où parents et amis se rassemblent pour partager le traditionnel repas ou regarder un match à la télé, il y a fort à parier que l’élection fédérale monopolisera une partie de la discussion. L’opinion des proches a joué un rôle dans les précédentes élections, notamment auprès des électeurs toujours indécis.

Les chefs ont maintenant dévoilé leurs plateformes respectives, et les agents de chaque parti s’évertueront très bientôt à faire sortir le vote. Le personnel de soutien, qui travaille dans l’ombre depuis de début de la campagne, s’apprête à mobiliser les électeurs dans les circonscriptions clés. Lors de l’élection de 2011, 22 circonscriptions se sont jouées par deux points de pourcentage ou moins, preuve qu’une campagne d’incitation au vote bien ciblée fait parfois la différence entre la victoire et la défaite.

L’ÉCONOMIE… MAIS ENCORE?

La signature du Partenariat transpacifique (PTP), qui englobe douze pays comptant pour près de 40 % du PIB mondial, a été déterminante pour de multiples raisons allant au-delà des relations internationales. Au pays, cet accord commercial a fourni aux chefs de partis une autre occasion de sortir du lot. Il a également permis au gouvernement de régler un point important de son programme économique, soulevant une réaction relativement discrète de ses détracteurs (les producteurs laitiers), qui s’y sont finalement ralliés après des modifications raisonnables et la mise en place de mesures d’indemnisation. Or, vers le milieu de la semaine, Harper délaissait déjà l’accord historique scellé lundi pour revenir aux points de clivage soulevés pendant toute la campagne. Il a lancé l’idée d’interdire le port du niqab chez les fonctionnaires, virage imprévu dans cette campagne prétendument axée sur l’économie et les affaires étrangères.

Dans l’ensemble, les partis d’opposition ont évité l’écueil du PTP. En exprimant son désaccord, Mulcair s’est rapproché des racines de son parti, ce qui a peut-être contribué à stabiliser la base partisane. Il s’est également prononcé sur le financement des arts et de la culture, le régime d’assurance-médicaments universel et la politique de défense.

Malgré la pression médiatique, Trudeau a maintenu son approche prudente à l’égard de l’accord commercial, préférant s’en tenir à la plateforme de son parti et claironner son soutien à la classe moyenne. Les libéraux ont aussi intensifié leurs attaques à l’endroit de Mulcair en ressortant d’anciennes déclarations du chef néodémocrate sur les oléoducs, le commerce et les soins de santé.

LE NPD N’A PAS DIT SON DERNIER MOT

Même si la chute du NPD dans les sondages réduit les chances de voir un gouvernement néodémocrate majoritaire, Mulcair et son équipe joueront un rôle de premier plan dans l’issue de cette élection. Les intentions de vote se sont stabilisées après une vingtaine de jours de campagne, et le NPD cherchera à consolider ses gains au centre-ville de Toronto, à Montréal et en Outaouais. Même s’ils auraient tout intérêt à courtiser de nouvelles circonscriptions ailleurs au pays, ces régions pourraient faire pencher la balance en leur faveur.

EN OCTOBRE, IL N’Y A PAS QUE LES FEUILLES QUI CHANGENT DE COULEUR

Les Blue Jays ne seront pas les seuls à attirer l’attention cet automne dans la région de Toronto. Chaque élection comporte son lot d’enjeux qui peuvent faire basculer les résultats au profit d’un camp ou d’un autre. À l’instar des précédentes élections, le chemin de la victoire en 2015 passe par le Québec et le Grand Toronto.

En 2011, le NPD a raflé 59 des 75 sièges au Québec, mais à moins d’un miracle, il ne répétera pas cet exploit cette année. Si les sondages reflètent véritablement les intentions de vote, les libéraux ont gagné du terrain dans la Belle Province depuis le début de la campagne : gageons que ses rivaux continueront leur offensive à l’endroit de Trudeau. Entre-temps, le chef libéral profitera de l’appui que lui a témoigné La Presse cette semaine et tâchera de poursuivre sur sa lancée lorsqu’il sera l’invité de la populaire émission de télévision Tout le monde en parle en fin de semaine. Au Québec, l’inconnu de l’équation demeure le résultat du Bloc. Duceppe a repris la barre du parti dans le but de ravir une poignée de sièges, et selon les circonscriptions remportées, le Bloc pourrait considérablement brouiller les cartes dans la province.

On peut s’attendre à une intensification des activités de campagne dans la région du Grand Toronto à l’approche du jour J. Vu le grand nombre de sièges qui s’y trouvent, les chefs auront la chance de visiter plusieurs circonscriptions par jour dans cette région à forte rentabilité électorale. Le NPD a perdu des appuis dans la métropole ontarienne, et si les libéraux savent tirer profit de leur récente remontée, ils pourraient y arracher quelques sièges aux conservateurs.

LE DERNIER « DÉBAT »…

Les quelques-uns d’entre nous qui avons regardé le dernier débat diffusé au Québec sur les ondes de TVA n’en retiennent probablement pas grand-chose. Comme lors des précédents débats, aucun chef n’a commis de faux pas digne de mention ni réussi à gagner la faveur du public.

Les organisateurs politiques avaient pourtant bon espoir que ce dernier débat changerait la donne pour leurs chefs respectifs. D’emblée, Mulcair avait le plus à perdre vu la baisse de popularité du NPD dans les sondages québécois. Cette tribune offrait une réelle occasion de renverser la vapeur en misant sur une poignée de sujets chauds, mais une semaine plus tard, plus personne n’en parle, pas plus que des autres débats. Les rapports d’après-débats donnent Duceppe gagnant, non sans une certaine réticence. Quoi qu’il en soit, il n’est pas dit que la participation du chef du Bloc vaudra à son parti plus de sièges à la Chambre des communes.

LA SUITE DES CHOSES

C’est maintenant ou jamais : les partis doivent jouer le tout pour le tout. Les chefs ont préparé de nouvelles publicités qui nous envahiront sous peu. Tous multiplieront les apparitions publiques et les interventions microciblées dans les médias sociaux et tâcheront de se mettre au diapason des changements perçus dans les derniers jours de campagne. Une fois de plus, les allées et venues des chefs seront révélatrices des percées espérées ou des appuis à consolider. On peut aussi s’attendre à ce que les chefs jouent la carte familiale : Laureen Harper et Sophie Grégoire-Trudeau ont toutes deux milité aux côtés de leur conjoint la semaine dernière, et gageons que les enfants et l’épouse de Mulcair seront mis en valeur.

Plus qu’une semaine avant le jour fatidique…