La preuve de la participation de Gérald Tremblay au système de corruption mis en place à la Ville de Montréal, a-t-elle été apportée? Non. Et pourtant un système juridique parallèle a provoqué sa démission.

Nul besoin d’être trop malin pour avoir prévu le coup. La commission d’enquête qui tapisse actuellement l’espace médiatique québécois, diffère peu ou pas de ses prédécesseurs, du moins en termes d’application des règles de preuve. Rigueur inexistante ou quasi, ouï-dire à profusion, crime par association et simili-procès spectacles. Le cirque est d’autant plus triste qu’il semble dédouaner les vils coquins ayant eux-mêmes profité des largesses, voire malversations, d’un système établi pour et par eux. Du joli.

Pendant que Lino Zambito tire profit des cotes d’écoute de Tout le monde en parle afin de laver sa conscience, augmenter son nombre de fans sur Facebook et promouvoir l’excellence de sa nouvelle pizzeria (avec ou sans extras, M. Zambito? Humour. On se roule), d’autres se font simultanément cloués au pilori médiatique et, par conséquent, populaire. Question ici de Gérald Tremblay.

Frédéric Bérard revient sur cette forme de justice parallèle ayant engendré la démission de Gerald Tremblay.

Écrire une chronique pour défendre celui-ci? Non. Il y a des limites à défendre l’ex-maire-larve. Aucune vision ou conviction connue, sinon celle, manifestement insuffisante, d’aimer Montréal. Le bixi comme symbole d’un bilan? Wow. Optons plutôt pour le cône orange. Passons aussi sur les nominations douteuses, volontaires ou pas, d’ex-proches du maire ayant aujourd’hui les menottes aux poings. Idem pour ne pas avoir mis sur pied un système de vérification diligente quant à l’octroi des contrats accordés par sa ville.

Sauf qu’il demeure ceci: qu’on soit fan ou non de Tremblay (je fais depuis toujours partie du deuxième groupe), rien ni personne ne peut aujourd’hui témoigner de l’implication personnelle de l’ex-maire dans quelconque magouille criminelle ou pénale. Depuis belle lurette, La Presse et autres lui reprochent de ne pas savoir, ou encore prétendre ne pas savoir. Aveuglement volontaire ou involontaire, ainsi donc. Ceci fut toutefois insuffisant, au grand désarroi des chroniqueurs-redresseurs-de-torts, afin de réclamer et surtout obtenir la démission de l’homme politique.

Jusqu’au jour où un obscur ex-organisateur d’Union Montréal, possiblement attiré à la fois par les projecteurs et l’immunité que procure la commission Charbonneau, est venu s’assoir à même le confessionnal le plus populaire du Québec. Coffre-fort qui ne ferme plus, rencontre mafia-politique au sommet de l’urinoir et quoi encore. Ah oui. Ceci: le dorénavant ex-maire aurait prétendument assisté à une rencontre où aurait été dévoilé la dichotomie entre la comptabilité officielle et officieuse d’Union Montréal, son parti. Le bougre se lève alors et aurait balancé un genre de : «je n’ai pas à savoir ça». Eh bien voilà. Le tsunami, maintenant. La Presse titre le lendemain, en page frontispice s’il-vous-plaît : «TREMBLAY SAVAIT!» (les majuscules ne sont pas de moi). Et d’en rajouter sur les ministres du gouvernement québécois responsables du dossier : «Le statut quo est inacceptable», ou le plus banal «On exhorte le maire à réfléchir». Et pourquoi ces mêmes ministres, au-delà des commentaires grinçants, n’ont pu agir légalement? Parce que l’État de droit le dicte. Balancer un élu ni accusé, encore moins condamné? Voyons donc.

Laissons plutôt le système de justice parallèle faire son œuvre. Laissons-lui se taper la besogne nous étant interdite par les principes de justice fondamentale. Appelons Patrick Lagacé et convainquons-le de se foutre un sac à papier (brun, couleur d’occasion) sur la tête. Ceci fera amplement le travail. Et sera plus simple que d’ajouter au recours en quo warranto l’élément suivant: «tout élu dont le nom sera mentionné lors d’une commission d’enquête sera susceptible d’être considéré inéligible à l’exercice d’une charge publique.» Voilà.

En bref, il savait, Tremblay. Parce que Martin Dumont l’a dit. Merci. Vous méritez maintenant un billet aller pour Tout le monde en parle, vous aussi. Idéalement, pensez à ouvrir une pizzeria dans l’intervalle. Ça risque de marcher fort.

On me dira qu’il y a une différence entre légitimité politique et légalité. C’est vrai. Et que c’est au nom de la première que Tremblay s’est vu montrer la porte par La Presse et ces courageux ministres qui confondent les concepts d’allégation et de condamnation. Vrai aussi. Sauf que ce verdict journalistique et ministériel quant à sa perte de légitimité se fonde sur l’élément déclencheur suivant: le témoignage d’un ex-organisateur, crédible ou non, à même une commission d’enquête. Aucune corroboration. Aucune preuve matérielle. Niet. La version du maire? Who cares. Au pilori. Condamné par le système de justice, le maire? Non. Accusé par le système de justice, le maire? Non. Soupçonné par le système de justice, le maire? Pas aux dernières nouvelles.

Alors quoi? Alors rien. Pas grave. Dehors, le maire. Le monde-il-est-tanné. Une réputation de plus ternie pour bon, cette fois celle d’un homme ayant passé le plus clair de sa vie au service du citoyen. Pourquoi? Parce que la rumeur-pas-encore-vérifiée-ni-corroborée-par-de-la-preuve-sérieuse veut qu’il savait que son parti tenait une comptabilité officieuse. Wow.

Vive ce système de justice parallèle. Vive ce tribunal populaire. Vive ces membres du jury, autrefois appelés journalistes. Vive la fin de la présomption d’innocence. Plus simple. Plus rapide. Plus efficace. Au suivant. Genre Coderre. Belle façon de mettre fin au cynisme ambiant et d’encourager l’engagement politique.