Je crois que les signataires de la lettre ouverte Un Québec numérique, qu’attendons-nous? font – en grande partie – fausse route. Et ce, malgré le respect et/ou l’amitié que j’ai pour plusieurs d’entre eux. (Si vous ne savez pas de quoi je parle, la lettre est publiée sur le site de La Presse et évoquée sur ceux de Les Affaires et de Le Devoir)

C’est assez déstabilisant pour moi d’être aussi d’accord avec le constat posé par les signataires et aussi en désaccord avec certaines de leurs propositions de solution!

Ce n’est pas vrai que l’évolution numérique de la machine administrative québécoise passe par la création d’organismes gouvernementaux et paragouvernementaux additionnels. Une Agence du numérique? Un Conseil national du numérique? Merci mais non merci!!!

Alors quoi? Je suis un luddite qui préfèrerait que l’administration publique se face en version papier-et-crayon? Bien sûr que non.

Mon raisonnement est le suivant : les changements viennent des gens, pas des organisations.

Prenons le cas de nos voisins du Sud, ont-ils eu besoin d’organisations (qui, on le sait, une fois créées n’aspirent qu’à prendre de l’expansion) de ce type pour effectuer un virage numérique? Non. Ils ont adopté une stratégie pour un gouvernement numérique qui imagine une façon de réinventer le gouvernement afin de mieux servir la population américaine. Et cette stratégie a des impacts concrets sur chacun des ministères et chacune des organisations gouvernementales.

D’ailleurs, si le gouvernement du Québec la prenait, la traduisait et la mettait en application telle quelle, je crois qu’on serait pas mal plus sur la bonne voie plutôt que passer deux ans à créer une nouvelle agence et un nouveau conseil. Non?

Conclusion : si Mme Marois, M. Marceau et M. Bédard avait une réelle volonté d’imprimer un virage numérique à l’État québécois, celui-ci se prendrait. Pas besoins de plus de bureaucratie (en fait, probablement que s’il y en avait moins, ça irait encore plus vite!).

Prenons un autre exemple, un exemple qui fait sourire, mais aussi qui révèle une vraie volonté d’humaniser les communications. Vous connaissez le cas du compte Twitter officiel de la Suède (@Sweden) qui est animé à chaque semaine par une personne différente? Est-ce que vous pensez que c’est une nouvelle patente-à-gosses de fonctionnaires «numériques» qui a suggéré ça? Non.

Cela étant dit, je suis bien d’accord avec l’idée d’un «forum de participation citoyenne indépendant du gouvernement » (mais il n’y a rien qui nous empêche de le faire dès maintenant!) et avec l’investissement dans le déploiement de réseaux à très haute vitesse gérées selon les règles «OpenAccess».

Par contre, j’ai souri en lisant la proposition pour «investir prioritairement dans le savoir, et non dans l’avoir, c’est-à-dire principalement dans les transferts et la mutualisation des connaissances ». Je n’ai pu m’empêcher de me demander combien le gouvernement du Québec investissait dans la mission de l’éducation. Ce sont 15 975 500 000 $. Plus de 25% du budget 2012-13. Une augmentation de 2,2% sur l’année précédente. Et je pense que ça n’inclut pas la part des budgets des commissions scolaires qui proviennent de la taxe scolaire!

Cela étant dit, je crois qu’il faut remercier Mario Asselin, René Barsalo, Michelle Blanc, Cyrille Béraud, Sylvain Carle, Michel Cartier, Monique Chartrand, Michel Chioini, Jean-François Gauthier, Vincent Gautrais, Hervé Fisher, Claude Malaison et Monique Savoie pour leur contribution à ce qu’on parle un peu plus d’un plan numérique pour le Québec, tout en espérant que leurs proposition ne seront pas toutes adoptées.