Au cours des dernières semaines, la population s’est tournée vers des sources d’information fiables pour connaître ce qu’ils doivent faire dans le contexte actuel de crise de santé publique.

Quotidiennement, les premiers ministres et responsables de santé publique tiennent des conférences de presse pour présenter les faits, donner des conseils et exiger des citoyens d’adopter des comportements appropriés pour traverser la crise. À ce jour, les citoyens de toutes les provinces ont été réceptifs à une telle approche directive et unidirectionnelle.

Il n’y a pas si longtemps, les gouvernements de tous les paliers consultaient les citoyens sur pratiquement toutes les initiatives politiques et tous les grands projets. Certains de ces processus étaient à mi-parcours et d’autres étaient en préparation lorsque la pandémie a imposé du jour au lendemain une nouvelle réalité.

On pourrait penser que les approches directives des gouvernements domineront dans un avenir prévisible et que les citoyens ont de toute façon peu d’intérêt à se prononcer sur des questions autres que celles directement liées à la pandémie de la COVID-19. Nous avons voulu tester cette hypothèse auprès des citoyens de toutes les régions du pays. Pour cela, du 27 au 29 mars, l’équipe de recherche de Hill+Knowlton Stratégies a sondé quelque 1000 Canadiens pour documenter cette question. L’enquête a fourni des résultats intéressants.

Les Canadiens pensent qu’il est plus important que jamais que les gouvernements engagent les citoyens

Une majorité des citoyens (68 %) estime que l’engagement des citoyens par les différents paliers de gouvernement est plus important que jamais. Par ailleurs, 58 % de ceux-ci indiquent qu’il demeure important pour les gouvernements de consulter les citoyens sur des questions qui ne sont pas liées à la COVID-19. L’appareil gouvernemental poursuit ses activités et les citoyens s’attendent toujours à avoir leur mot à dire sur les décisions qui les affectent.

La participation en ligne est-elle une solution ?

La distanciation sociale nous a obligé à changer nos habitudes et à utiliser des outils numériques pour rester en contact avec nos collègues, notre famille, nos amis et nos gouvernements. Ces outils ne sont pas nouveaux, mais notre aisance et notre intérêt à les utiliser ont considérablement augmentés au cours des dernières semaines. Qui n’a pas « Zoomé » ou « FaceTimé » au cours des derniers jours ?

Fait intéressant, 78 % des répondants au sondage estiment que les consultations peuvent être tout aussi efficaces en ligne qu’en personne. On n’observe aucune distinction générationnelle, les plus âgés comme les plus jeunes partageant le même avis sur la question.

Un point essentiel à retenir : malgré la crise, les citoyens n’ont pas diminué leurs attentes envers les organisations et souhaitent qu’elles procèdent à de véritables consultations du public et des parties prenantes pour appuyer leur prise de décision.

Que doivent faire les organisations ?

Les organisations des secteurs public et privé planifiant à court terme la poursuite d’initiatives importantes doivent s’attendre à revoir et à adapter leurs stratégies en matière de participation publique.

Voici quelques questions que ces organisations ont à se poser : quelles sont les initiatives qui nécessitent d’être poursuivies dans le contexte actuel ? Quelles sont les personnes qui seront le plus touchées par ces initiatives? Comment ces personnes s’attendent-elles à être impliquées compte tenu de notre nouvelle réalité ?

Si des décisions sont encore prises et que des initiatives vont de l’avant, alors la participation publique demeure essentielle. Celle-ci exigera de la délicatesse, un bon “timing”, une approche adaptée, de nouveaux outils et une communication efficace.

Comment le comportement des citoyens affecte-t-il la participation en ligne ?

La participation en ligne peut offrir une plus grande flexibilité que des méthodes usuelles, comme la tenue d’une journée portes ouvertes ou d’une assemblée publique, en plus de permettre à un plus grand nombre de personnes de participer. Elle peut également permettre de contourner certains obstacles courants à la participation en personne, comme la disponibilité de services de garde d’enfants ou l’accessibilité physique des lieux de rencontre.

Toutefois, ce que les citoyens sont disposés à faire en ligne et le temps qu’ils sont prêts à y consacrer peuvent varier considérablement par rapport aux activités de participation en personne. Nous avons demandé aux citoyens combien de temps ils seraient prêts à consacrer pour participer à des discussions en ligne sur un sujet qui les intéresse. La plupart (65 %) ont répondu 30 minutes ou moins, près de 27 % disent être ouverts à investir de 30 à 60 minutes, alors que seulement 6 % seraient disposés à participer à une activité nécessitant une heure ou plus de leur temps. Est-il fréquent que des rencontres en personne, qu’elles soient avec le public ou avec des parties prenantes, durent moins d’une heure ? Il est probablement juste de dire que cela arrive rarement.

Nous avons également demandé aux citoyens leurs préférences pour différents formats de participation en ligne. Les sondages sont les plus populaires, préférés par 80 % des répondants, suivis des forums de discussion, choisis par 50 % d’entre eux. Les options telles que les groupes de travail en ligne, les vidéoconférences, Facebook live, les assemblées publiques téléphoniques et les sondages sur Twitter étant considérés des formules moins attrayantes.

Prioriser l’expérience des participants

Comme dans un contexte de consultation en personne, les instigateurs d’activités participatives en ligne doivent s’assurer de créer un espace sécuritaire pour que les participants puissent s’exprimer avec aisance. Voici quelques questions à se poser pour y arriver :

  1. Quel déroulement offrira une expérience de participation optimale ? Quels sont les besoins des participants pour qu’ils contribuent efficacement ?
  2. Quelles procédures mettre en place pour assurer la confidentialité et la sécurité des échanges, en plus du confort des participants?
  3. Quel est le plan de contingence si les moyens technologiques ne fonctionnent pas comme prévu ?

Des limites à la participation en ligne à considérer

L’espace virtuel offre des obstacles à la participation, même si la plupart de ceux-ci semblent relever de considérations personnelles, comme le fait d’être à l’aise à s’exprimer devant d’autres, le manque d’intérêt ou le manque de temps. L’accès à une technologie appropriée (22 %), la mauvaise qualité de l’internet (16 %), la garde des enfants (6 %) et l’accessibilité (5 %) ont également été identifiés dans notre recherche comme des considérations importantes pour la planification de consultations en ligne.

La participation publique à l’ère de la distanciation sociale…et bien au-delà

Si la pandémie de la COVID-19 mobilise actuellement les énergies des gouvernements et des décideurs, la question de poursuivre les efforts d’engagement des citoyens demeure néanmoins importante pour les administrations publiques. Nos recherches ont montré que les Canadiens considèrent cette question comme plus importante que jamais et qu’ils sont prêts à adopter de nouvelles méthodes en ligne afin de participer. Il incombe ainsi aux organisations de s’adapter rapidement, de tester la pertinence et l’opportunité de déployer des efforts visant à engager les citoyens. Et si elles décident d’aller de l’avant, elles doivent le faire par des activités participatives à la fois pertinentes et accessibles.

Pour plus d’informations sur les outils ou services de participation en ligne, visitez le site web canadien de l’Association internationale pour la participation publique (IAP2).