Bien que les travaux de l’Assemblée nationale aient été ajournés jusqu’au 21 avril, puis maintenant jusqu’au 5 mai prochain, les débats parlementaires reprendront l’espace de cinq jours à compter du 24 avril, et ce, jusqu’au 1er mai.  Cela n’aura toutefois rien à voir avec les travaux habituels comme l’étude des crédits budgétaires qui était au programme.  En effet, ces derniers porteront uniquement sur la crise sanitaire de la COVID-19.

Faisant front commun, les chefs parlementaires des trois partis d’opposition sont désireux d’interroger les membres du gouvernement sur la crise sanitaire actuelle qui est doublée par une crise économique. La gestion de la COVID-19 dans les CHSLD a réveillé leur soif du débat démocratique.

La démocratie à un clic de souris

Distanciation sociale oblige, les ministres et députés échangeront dans un parlement virtuel, une première. Cinq rendez-vous d’une heure sont au programme avec le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, et le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge.  La ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, qui se trouve sur la ligne de front depuis plusieurs semaines a aussi été convoquée, mais pour une période de deux heures.

Une heure ou deux, c’est un début. C’est déjà pas mal alors que ces ministres font face à la pandémie depuis plusieurs semaines, tout comme leurs fonctionnaires et leur personnel politique.  Dans le présent contexte, il est important de mettre son énergie à la bonne place et la préparation de ces courts échanges avec les oppositions nécessitera plusieurs heures de préparation qui ne seront pas consacrées à gérer la crise sanitaire ou à préparer le retour graduel à une vie normale. Toutefois, la démocratie est un service essentiel.

Les partis d’opposition ont un rôle à jouer

Cependant, il n’y a pas que les journalistes qui doivent questionner le gouvernement. Les hommes et les femmes élus démocratiquement à travers le Québec ont également ce droit au nom de la transparence et de la reddition de compte. Il est aussi légitime qu’ils puissent interpeler les représentants du gouvernement sur la situation dans leur région respective. Les oppositions devront adopter un ton approprié et formuler les questions que les Québécoises et les Québécois se posent.

Depuis le début de la crise, nous observons que le gouvernement et les oppositions ont mis de côté la partisanerie politique.  Le rendez-vous téléphonique que tient le premier ministre avec les chefs des autres partis deux fois par semaine pour répondre à leurs questions a assurément contribué au climat actuel.

Ceci étant dit, des défis sociaux auxquels le Québec est confronté réclament des solutions politiques. Le ton des débats virtuels à venir doit appeler à la réflexion et à la définition de solutions et non pas à la confrontation.  Nos élus doivent débattre autrement.  La volonté de le faire semble présente puisque, fait inusité, les thèmes seront fournis la veille aux ministres.

Cette première historique de débats virtuels risque de transformer certaines façons de faire à l’Assemblée nationale. Les auditions, les travaux parlementaires, comme les séances de travail entre députés, pourraient très bien se tenir par visioconférence dans l’avenir. Confinés à la maison, des millions de Québécoises et de Québécois écoutent religieusement les points de presse du premier ministre et de son équipe.  Est-ce qu’ils seront tout aussi nombreux à ces rendez-vous virtuels?
Cela reste à voir mais il s’agit, à tout le moins, d’une belle occasion pour la population québécoise de s’intéresser davantage à la joute politique.

Selon un sondage réalisé par H+K en partenariat avec Léger Opinion (LEO) du 27 au 29 mars, le gouvernement dirigé par François Legault a la confiance de 91% des Québécois. Est-ce que les débats virtuels à venir auront un impact significatif sur la cote de popularité du gouvernement?