D’un océan à l’autre du pays, la pandémie a démontré l’urgence, pour les gouvernements provinciaux, d’investir dans leur réseau de la santé respectif.  Seules, les provinces ne peuvent toutefois assumer la croissance phénoménale des dépenses dans ce secteur. Elles doivent aussi pouvoir compter sur le gouvernement fédéral.

Or, ce dernier s’est retiré graduellement du financement des services de santé. Rappelons que le gouvernement fédéral a déjà financé jusqu’à 50  % des dépenses des provinces en santé et que son soutien est maintenant de 22 %. Cela représente plusieurs milliards de dollars en moins pour les gouvernements provinciaux  alors que les besoins en santé et services sociaux ne cessent d’augmenter.

Au Québec, l’augmentation des transferts fédéraux en santé est plus qu’urgente pour répondre à différents besoins : soins de longue durée, soins à domicile, pénurie de professionnels de la santé, construction et rénovation d’installations, etc.

Les premiers  ministres des provinces misent aujourd’hui sur la présente campagne électorale pour amener les différents partis politiques fédéraux à se mouiller et à s’engager  à hausser substantiellement les transferts en santé.  François Legault a d’ailleurs exercé un leader politique sur cet enjeu en bâtissant un front commun avec tous ses homologues au sein du Conseil de la fédération. Or, force est de constater que malgré l’importance de cet enjeu au Québec, les réponses des partis politiques fédéraux ne répondent pas aux demandes du Conseil.

Les enlignements des partis politiques

Le Bloc Québécois a beau jeu en se rangeant complètement derrière la demande des provinces, car il ne formera pas le prochain gouvernement. Son appui à une hausse des transferts en santé est donc assuré. Néanmoins, le chef bloquiste, Yves-François Blanchet est stratège dans sa démonstration. Il a pris un engagement en ce sens devant l‘hôpital de Gatineau en Outaouais, établissement qui est victime de bris de services à l’urgence en raison d’une pénurie de personnel. C’est un bon symbole pour illustrer la position du Bloc.

De son côté, le Nouveau parti démocratique  promet de mettre fin aux coupes budgétaires dans les soins de santé et appuie  la demande du Conseil de la fédération qui réclame une hausse immédiate de 35 % des coûts en santé, mais avec de nombreuses normes nationales, tout en reconnaissant le droit du Québec de se retirer avec pleine compensation. Cette volonté de hausser les transferts mérite d’être communiquée aux Québécois avec plus d’insistance et de créativité, car elle ne résonne pas beaucoup, surtout pour un parti qui a déjà détenu 59 sièges il y a une décennie, avec une bonne représentation régionale.

Dans son contrat politique qu’ils proposent aux Québécois, le Parti conservateur du Canada s’engage à garantir des transferts fédéraux en santé prévisibles, stables et sans condition. Le chef, Erin O’Toole, a déjà précisé qu’un gouvernement conservateur augmenterait les transferts de 6 % par année, sans condition, comme c’était le cas sous le gouvernement conservateur de Stephen Harper. Il faut reconnaître qu’il s’agit d’un premier pas concret, mais nettement insuffisant pour séduire l’électorat québécois. Sa volonté personnelle d’en faire plus en santé mentale est à souligner. Si M. O’Toole veut se démarquer au Québec en santé, il doit absolument en faire plus. Sa notoriété est à bâtir ici et il pourrait devenir un défenseur de la santé, ce qui démontrerait un visage plus progressiste. Cela aurait toutefois des impacts sur ses ambitions de rétablir l’équilibre budgétaire d’ici les dix prochaines années.

Finalement, au Parti libéral du Canada (PLC),  Justin Trudeau résiste encore et toujours à l’appel des provinces d’augmenter immédiatement les transferts en santé. Jusqu’à maintenant, le front commun des provinces ne semble pas l’ébranler. Il opte clairement pour une autre stratégie. Les libéraux promettent notamment des investissements majeurs pour les soins de santé et de longue durée assorties de nombreuses conditions toutefois. Dans les sondages internes du Parti libéral du Canada (PLC), cette mesure est populaire chez les électeurs, mais elle soulève quelques problématiques  au Québec.

Tous les partis politiques québécois et une forte majorité d’analystes vont à chaque occasion rappeler que la santé est un champ de compétence provinciale. L’équipe de Justin Trudeau le sait fort bien, mais ne s’en formalise pas. Les libéraux font donc le pari que les électeurs à travers le pays aiment mieux des investissements en santé que le respect des champs de compétence des provinces.

Par ailleurs, le gouvernement libéral vient de conclure une entente sans condition de 6 milliards de dollars avec le gouvernement du Québec concernant les services de garde. C’est une contradiction qui risque d’être soulevée. Si une entente asymétrique est vraiment sur la table pour le Québec pour la santé, les libéraux auraient intérêt à le mentionner dès maintenant.

La différence d’approche entre les libéraux et les conservateurs sur les transferts en santé démontre une différence notable de leur vision respective du fédéralisme canadien.

La santé est après tout le plus grand poste budgétaire de l’État et l’une des plus grandes priorités des Québécois. Certains stratèges politiques fédéraux semblent sous-estimer cet aspect qui distingue clairement le Québec des autres provinces canadiennes. Il suffit de faire une revue de presse nationale et régionale chaque matin sur les enjeux en santé au Québec pour constater l’opportunité politique qui se présente aux partis politiques. En santé, le Québec fait les affaires à sa manière.

Nationaliste québécois, le premier ministre François Legault est intervenu avec beaucoup d’intensité dans la campagne électorale fédérale. Il a fortement dénoncé que deux partis fédéraux veulent hausser les transferts en santé en imposant des conditions. Le premier ministre a expliqué que des conditions fédérales en santé vont se traduire par plus de centralisation, de bureaucratie, de chicanes et d’affaires compliquées. Ces arguments politiques résonneront au Québec. Au Québec, cette sortie publique sera un point important de la campagne. Reste maintenant à voir si elle fera bouger les intentions de vote. Le rapport de force du Québec sera déterminé par la composition du prochain gouvernement à Ottawa.

À mon avis, les partis fédéraux qui seront capables de se démarquer sur cet enjeu maximisent leur chance de faire des gains politiques. Le débat des chefs en français, le 8 septembre prochain, sera une opportunité unique pour les chefs de parti de se positionner sur les transferts en santé. Vont-ils tous la saisir ?