Mary Simon a accompli hier sa première tâche importante en tant que gouverneure générale nouvellement nommée, en dissolvant le 43e Parlement et en délivrant les brefs pour ce qui était une élection fédérale attendue depuis longtemps.

La 44e élection fédérale n’était pas prévue avant le 16 octobre 2023, mais Justin Trudeau et les libéraux tenteront de tirer parti des forts résultats des sondages et de « l’effet de halo » que l’approvisionnement et la distribution efficaces des vaccins ont apportés au parti, dans l’espoir d’obtenir un gouvernement majoritaire.

À Rideau Hall, dimanche matin, le premier ministre Trudeau a souligné que les 17 derniers mois ne ressemblent en rien à ce que nous avons connu auparavant, que d’importantes décisions ont été prises et que les Canadiens devraient avoir l’occasion de se prononcer non seulement sur la façon dont la pandémie a été gérée jusqu’à maintenant, mais aussi sur ce que l’avenir réserve. En bref, la justification du déclenchement des élections est que nous sommes à un moment charnière de l’histoire et que les Canadiens devraient avoir leur mot à dire sur la façon de mettre fin à la pandémie et de « reconstruire en mieux ».

De prime abord, il est clair que les outils que le gouvernement pourrait utiliser pour enrayer le reste de la pandémie occuperont une place importante dans la campagne, notamment les conversations sur la vaccination obligatoire et les passeports vaccinaux.

 

Pourquoi maintenant? Tout est dans le timing

La capacité du gouvernement à se procurer efficacement des vaccins a toujours été un élément important de ses chances électorales, quel que soit le moment. Aujourd’hui, plus de 62 millions de vaccins ont été livrés, 72 % de tous les Canadiens admissibles sont entièrement vaccinés, 82 % des personnes admissibles ont reçu au moins une dose, et un plan de construction d’une installation nationale de production de vaccins à ARNm vient d’être annoncé. En ce qui concerne l’achat de vaccins, les libéraux considèrent qu’ils ont accompli leur mission (ou du moins, qu’ils l’ont accomplie jusqu’à présent) et espèrent qu’en échange des vaccins qu’ils ont administrés aux Canadiens, ces derniers apposeront en échange un « X » à côté du nom des candidats libéraux sur le bulletin de vote.

De plus, avec la possibilité d’une quatrième vague de pandémie qui plane sur les Canadiens, les libéraux savent qu’ils disposent d’une petite fenêtre d’opportunité au cours de laquelle une élection fédérale pourrait être menée de manière crédible. Bien que nous ayons vu des élections en temps de pandémie dans plusieurs provinces – et que les gouvernements en place ont été récompensés – une campagne fédérale est toujours une plus grosse bête, et une éclosion dans n’importe quelle région du pays sera très préoccupante. Si la quatrième vague imminente est comme la précédente, le nombre de cas ne commencera probablement pas à augmenter de manière significative avant le milieu de l’automne, offrant aux libéraux la plus petite des fenêtres pour agir.

 

Mais pourquoi avons-nous besoin d’une élection, de toute façon ?

Le Canada, comme tous les pays du monde, a été durement touché par la pandémie. Des vies et des gagne-pains ont été perdus et tous les Canadiens ont ressenti la pression des confinements. La pandémie a laissé sa marque sur tous les aspects de la société et de l’économie, et même si la réponse du gouvernement actuel sera sans aucun doute un sujet d’actualité pendant la campagne, la distribution de vaccins étant la lumière au bout du tunnel, cette élection pourrait bien porter davantage sur la façon dont le Canada se reconstruira de l’autre côté, et sur la façon dont chacun des partis a l’intention de le faire.

Par exemple, les partis devront expliquer en détail aux Canadiens comment ils feront face au fardeau fiscal imposé par la pandémie, y compris l’inflation; comment ils renforceront la résilience de nos systèmes de soins de santé pour assurer la protection des Canadiens, qu’il s’agisse de soins de première ligne, de soins d’urgence ou de soins de longue durée; comment ils renforceront la capacité nationale de fabrication de biens essentiels; comment ils prévoient de relancer l’économie à plein régime; et comment le Canada réagira-t-il aux autres menaces qui se cachent en arrière-plan ou, comme c’est le cas pour le changement climatique, qui nous assaillent déjà à toute vitesse. Le monde a changé à jamais avec la COVID-19 et cette élection fédérale sera un référendum pour savoir à qui les Canadiens peuvent faire confiance pour les mener de l’autre côté.

 

À surveiller durant la campagne

S’il est encore trop tôt pour deviner quelle sera la « question électorale », voici quelques-uns des sujets qui devraient faire la une des journaux et des plateformes :

Santé + bien-être: La santé est actuellement au centre des préoccupations de tous les Canadiens. Comment pourrait-il en être autrement après 17 longs mois d’une pandémie qui a mis en évidence des lacunes importantes dans les soins de longue durée, la santé mentale et le traitement des dépendances. Bien que le gouvernement libéral n’ait pas pris de mesures concernant l’assurance médicaments universelle, la question du prix des médicaments est certainement d’actualité. Attendez-vous à ce que la santé occupe une place importante.

Emplois: Une grande partie du déficit fédéral actuel de 355 milliards de dollars est due à l’octroi d’aides financières aux particuliers et aux entreprises. Pour retrouver une marge de manœuvre budgétaire indispensable, il faudra redonner vie à notre marché de l’emploi. Chacun des partis s’est engagé à créer un million d’emplois et il ne fait aucun doute que nous aurons bientôt plus de détails sur la façon dont ils comptent y parvenir.

Vérité et réconciliation: Bien que la réconciliation soit une grande priorité pour le gouvernement libéral depuis un certain temps, la découverte récente de cimetières et fosses communes dans les pensionnats fait des vagues dans toute la sphère publique. Les questions relatives à la vérité et à la réconciliation ainsi qu’à l’équité des peuples autochtones au Canada figureront certainement en tête de l’ordre du jour pour tous les partis.

Innovation + science: Le développement des vaccins a mis les avantages de l’investissement dans la science au premier plan pour plusieurs. Les libéraux ont récemment annoncé une stratégie sur la biofabrication et les sciences de la vie et les conservateurs ont publié des plans initiaux pour investir dans la création d’une Agence canadienne de recherche avancée. On peut s’attendre à ce que tous les partis présentent l’innovation comme un moyen d’atteindre une croissance économique indispensable.

Résilience de la chaîne d’approvisionnement nationale: La pandémie a mis en évidence de graves lacunes dans la capacité du Canada à fabriquer des biens essentiels et a exposé des failles diplomatiques où l’accès à la chaîne d’approvisionnement a été refusé. De nombreux pays, dont le Canada, réalisent rapidement que pour atteindre le double objectif de la sécurité et de la croissance économique, il sera nécessaire d’accroître la capacité de fabrication nationale. Attendez-vous à entendre beaucoup d’expressions comme délocalisation, relocalisation et approvisionnement auprès d’alliés du Canada. Il faut aussi s’attendre à ce que tous les partis proposent des plans sur ce que le Canada peut et doit fabriquer davantage chez lui.

La relation Canada + États-Unis: Avec le départ de Trump, on s’attendait à ce que la relation Canada-États-Unis se réchauffe, mais plusieurs questions restent épineuses : les dispositions Buy America, la ligne 5, et les voyages à la frontière américaine. Tout gouvernement crédible aura un plan sérieux pour traiter avec notre plus grand partenaire commercial et plus proche allié, alors attendez-vous à ce que la relation Canada-États-Unis soit un sujet qui récurrent.

Durabilité: Le secrétaire général des Nations Unies a sonné l’alarme mondiale avec la publication du plus récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), qui suggère que les effets du changement climatique s’accélèrent plus rapidement que quiconque ne l’avait prévu et que, sans une action rapide et coordonnée, la planète est sérieusement menacée. La crédibilité en matière de changement climatique sera une nécessité pour tout parti qui souhaite gagner cette élection.

 

Priorités des partis

À ce stade précoce de la campagne, voici comment nous voyons se concrétiser chacune des priorités des partis :

Le Parti libéral

  • Tâche #1: Obtenir un gouvernement majoritaire
  • Priorités: Gérer la pandémie; emplois et croissance économique; abordabilité pour la classe moyenne; changement climatique et énergie propre; garde d’enfants; réconciliation avec les autochtones; statut des femmes.
  • À surveiller: Justin Trudeau et le chef du NPD, Jagmeet Singh, aiment tous deux s’affronter – avec un Parti conservateur affaibli et la popularité de Singh, qui tend à devenir un sérieux adversaire, on peut s’attendre à ce que Trudeau réserve au moins quelques coups de poing pour un Singh en pleine ascension, dans l’espoir qu’il puisse tenir bas les votes en faveur du NPD jusqu’au dépouillement.

Le Parti conservateur

  • Tâche #1: Former le gouvernement
  • Priorités: Emplois et reprise économique; santé mentale; responsabilité et éthique; préparation à une pandémie; budget équilibré sur 10 ans; cibler les travailleurs syndiqués.
  • À surveiller: Les conservateurs se sont positionnés très tôt avec la publication de leur plan pour encourager l’innovation – attendez-vous à ce qu’ils prennent les rênes des conversations sur l’innovation comme moteur clé de la croissance économique et des emplois. Avec un nombre croissant de partis de droite, attendez-vous également à ce que le chef de file Erin O’Toole surveille ses flancs pour s’assurer que des partis comme le Maverick Party (anciennement connu sous le nom de Wexit Canada) et le Parti Populaire du Canada (PPC) ne lui siphonnent pas trop de votes.

Le NPD  

  • Tâche #1: Continuer sur sa lancée et augmenter son nombre de sièges.
  • Priorités: Assurance médicaments et soins dentaires universels ; réduction des inégalités; soutien aux travailleurs; environnement et changement climatique; diversité, équité et inclusion; logement abordable.
  • À surveiller: Le NPD mettra l’accent sur l’obtention du vote des jeunes, où le NPD est particulièrement populaire. Il faut également s’attendre à ce que le NPD mette en avant le rôle qu’il a joué pendant la pandémie et qu’il présente celle-ci comme un moyen de forcer le gouvernement à augmenter et à améliorer l’aide disponible.

Le Bloc Québécois 

  • Tâche #1: Être perçu comme le champion des Québécois à Ottawa.
  • Priorités: Amplifier les préoccupations de l’Assemblée nationale à Ottawa; profiter de la popularité de François Legault en appuyant ses dossiers; changement climatique et environnement; culture.
  • À surveiller: Le Bloc a obtenu un nombre record de sièges lors des dernières élections – il en détient actuellement 32 – et considère les libéraux comme sa plus grande menace dans la province. Le chef Yves-Francois Blanchet tentera de dépeindre les libéraux comme déconnectés des opinions des Québécois sur la langue, la laïcité et l’environnement, tout en essayant de gagner des sièges, en particulier à Montréal.

Le Parti vert

  • Tâche #1: Arrêter l’hémorragie et conserver au moins un siège
  • Priorités: Environnement et changement climatique; transition vers une économie verte; inclusion sociale.
  • À surveiller: Le Parti vert est son pire ennemi depuis des mois. Les querelles intestines ont poussé un député à changer de camp et l’avenir de la leader Annamie Paul est toujours incertain. Pour avoir une chance de conserver au moins un des deux sièges qu’ils occupent actuellement, le Parti vert devra présenter un nouveau front uni.