Alors que la planète entière gère la crise sanitaire de la COVID-19, difficile pour un gouvernement d’imposer un agenda politique sur des thèmes plus positifs. Or, l’élection de 2022 au Québec approche, et le gouvernement de François Legault veut assurément revenir rapidement sur ses engagements phares en matière économique.

Débutons en rappelant le contexte politique actuel. La Coalition avenir Québec (CAQ) jouit d’un taux d’appui sans précédent : en date du 21 octobre 2020, elle récoltait 50% des intentions de vote, et 59% chez les électeurs francophones. Ces appuis sont supérieurs à ce qu’ils étaient en janvier dernier, avant le début de la présente crise, soit respectivement 42% pour l’ensemble des électeurs et 51% chez les francophones.

Deux priorités guident présentement le gouvernement du Québec. Bien sûr, on ne peut passer sous silence les impacts majeurs de la présente crise sanitaire de la COVID-19 sur l’état des finances publiques. Une partie importante de la mise à jour du 12 novembre du ministre des Finances, Éric Girard, y est d’ailleurs consacrée. Il s’agit encore à ce jour du principal enjeu. Toutefois, au niveau politique, l’objectif visé consiste plutôt à annoncer de nouvelles orientations qui guideront la relance économique du Québec et, ainsi, entamer un changement de narratif.

 

Impacts de la crise

Alors qu’il annonçait un budget équilibré au mois de mars dernier, le ministre des Finances a confirmé un déficit de 15 milliards de dollars pour l’année 2020-2021. À elle seule, la crise de la COVID-19 a coûté au gouvernement du Québec 13 milliards de dollars. Le ministre ne prévoit pas de retour à l’équilibre budgétaire avant cinq ans. Aussi, il ne planifie aucune coupure de services, ni de hausse du fardeau fiscal.

Questionné sur son plan de retour à l’équilibre budgétaire, M. Girard a insisté sur la demande conjointe des provinces à l’effet que le gouvernement fédéral paie sa juste part quant aux transferts en santé. Force est de constater que cet enjeu de premier plan sera au cœur des futurs échanges entre Québec et Ottawa.

La crise de la COVID-19 aura donc officiellement relégué aux oubliettes les grands thèmes tels que l’environnement et les investissements historiques en culture. Et elle aura eu le mérite de suspendre le débat sur le type de réinvestissement à prévoir pour les prochaines années : oubliez les réductions du fardeau fiscal ou les réinvestissements massifs dans des missions non-essentielles de l’État.

 

Relance économique

Parlant de mission essentielle, la relance économique sera assurément la priorité numéro un du gouvernement caquiste dès que la crise sanitaire se sera stabilisée. D’ailleurs, 1,5 milliards de dollars ont été annoncés pour trois volets visant cette relance : soutenir la requalification de la main-d’œuvre, appuyer les investissements de nouveaux projets notamment en recherche et développement pour appuyer l’économie régionale, et finalement accroître la production québécoise et l’achat local.

Ces choix ne sont pas anodins. Tout d’abord, en faisant de la réintégration et de la requalification des travailleurs québécois un aspect central du plan de relance, le gouvernement confirme qu’il prévoit un changement durable d’environnement économique. Certains corps d’emplois seront moins en demande, alors qu’il en sera autrement pour d’autres, et le ministre Girard souhaite consacrer dès maintenant 459 millions de dollars pour favoriser cette transition. Un autre volet important consiste à favoriser la production québécoise et l’achat local. 547 millions de dollars sont réservés pour, entre autres, accroître l’autonomie alimentaire et développer des chaînes d’approvisionnement local. Il s’agit d’une réponse directe au problème constaté ce printemps alors que le Québec peinait à s’approvisionner en biens essentiels, notamment en masques de protection et médicaments, l’exposant ainsi à une forte dépendance aux autres marchés. Le premier ministre François Legault avait alors déploré la situation et promis de s’y attaquer. Voilà donc une mesure de relance économique qui vise également à combler une lacune. Finalement, 477 millions de dollars supplémentaires seront disponibles afin de stimuler les investissements dans des secteurs clés et innovants.

 

Conclusion

La présentation de cette mise à jour économique marque donc la première action politique de la phase pré-électorale. Le gouvernement amorce, lentement mais sûrement, un changement de narratif. On sent bien le souhaite de passer d’une gestion de crise générant son lot d’annonces négatives, à une phase plus positive de relance économique. À preuve, M. Girard a mentionné dès le début de son point de presse, et pour cause, que l’attribution des ressources suffisantes à la gestion de la crise de la COVID-19 demeure la priorité. Toutefois, il n’aura pris qu’une minute et 55 secondes pour parler des impacts de la crise, alors que l’annonce des nouvelles sommes pour la relance économique a occupé l’entièreté du point de presse.

L’année 2021 sera marquée, espérons-le, par l’arrivée d’un vaccin qui soulignera le début de la fin de cette crise et laissera suffisamment de temps au gouvernement pour entamer le dernier droit de son mandat de quatre ans sur son terrain de prédilection, l’économie. Mais d’ici là, il devra passer à travers les prochaines semaines qui s’annoncent pénibles, aux dires même du premier ministre. Rappelez-vous que le dernier budget a été présenté le 10 mars dernier et que le gouvernement du Québec devait annoncer, trois jours plus tard, le début des mesures de confinement, rendant caduque ses prévisions.

Quelques minutes avant que son ministre des Finances ne présente sa mise à jour économique, le premier ministre a confirmé qu’il évaluait actuellement des scénarios de fermeture d’écoles et de commerces.

Rejouerons-nous dans le même film qu’en mars? Seul le temps nous le dira.