Le ministre des Finances, Éric Girard, a déposé, jeudi dernier, le troisième budget du gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ). La pandémie de la COVID-19 teinte évidemment ce budget affichant un déficit de 15 G$. Le mot pandémie apparaît d’ailleurs à 368 reprises dans l’ensemble des documents publiés par le ministère des Finances et le secrétariat du Conseil du trésor.

Ce budget est à la fois progressiste et conservateur, un exercice difficile à atteindre dans le contexte actuel. Avec celui-ci, la CAQ ne sera pas taxée d’austérité. Les budgets dédiés à la santé (+5,8 %), à l’éducation (+4,6 %) et à l’enseignement supérieur (+8,2%) sont favorisés, tout comme les sommes réservées aux aînés. Ce budget rejoint les priorités historiques de la CAQ depuis sa fondation: la santé, l’éducation et l’économie.

REPRISE ÉCONOMIQUE PRUDENTE

D’un autre côté, les prévisions de croissance économique demeurent prudentes. Le ministre Girard prévoit 4 % de croissance économique lors des deux prochaines années, 2 % par la suite. Cela peut paraître beaucoup, mais certaines institutions financières sont plus optimistes. Alors que la troisième vague de la COVID-19 frappe le Québec et que la campagne de vaccination massive est lancée, il est bien avisé pour le ministre des Finances de pondérer son optimiste économique.

La reprise économique pourrait être plus forte et rapide qu’anticipée, mais à court terme, elle ne sera pas dictée par les gouvernements, mais par l’intensité de la vaccination contre la COVID-19 et le respect des mesures sanitaires, ici comme ailleurs. D’ailleurs, les impacts économiques et fiscaux de la pandémie sont loin d’être terminés. L’histoire n’est jamais déterminée, encore moins en temps de pandémie.

ÉQUILIBRE BUDGÉTAIRE REPORTÉ

La décision de reporter le retour à l’équilibre budgétaire dans sept ans influencera la prochaine campagne électorale, notamment le choix des engagements et du cadre financier politique. En fait, le ministre Girard vient de dicter les règles du jeu pour tous les partis politiques en prévision des prochaines élections. Politiquement et habilement, il vient de baliser la surenchère électorale entre les partis politiques. La CAQ ne sera pas taxée d’austérité. Ceux qui voudront faire des promesses électorales coûteuses dépassant le cadre budgétaire actuel devront défendre leurs choix. Qui osera promettre un retour à l’équilibre budgétaire dans 10 années au Québec?

Certaines variables du retour à l’équilibre budgétaire demeurent inconnues. Des doutes persistent. Il est en effet difficile de prédire la hausse possible des transferts fédéraux en santé, la durée de la troisième vague et la capacité à réaliser des optimisations à grande échelle.  Dans les circonstances et malgré les déficits, l’état des finances publiques du Québec est enviable en quelque sorte. Le gouvernement ontarien prévoit un retour à l’équilibre budgétaire d’ici les sept à 11 prochaines années selon des scénarios optimistes ou pessimistes.

LA PRIORITÉ DES PRIORITÉS : LA SANTÉ

En santé, il faut maintenant porter attention aux détails des nombreux investissements généraux qui devront se traduire par une amélioration de l’accès pour les patients et à une augmentation du personnel soignant. Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé,  gère la pandémie dans le réseau de la santé, mais il doit aussi livrer des mesures concrètes, et ce, rapidement. En coulisse, le ministre s’active. Le budget mentionne que des guichets d’accès de première ligne seront créés pour les patients orphelins d’un médecin de famille. Cette nouvelle initiative passée sous le radar pourrait donner des résultats intéressants. Il est également intéressant de voir comment le ministre Dubé fait actuellement une place au secteur privé pour donner un coup de pouce au réseau public de santé. De nombreuses ententes furent signées avec des cliniques privées de chirurgie. M. Dubé et son collègue, le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, ont aussi fait appel aux grandes entreprises pour la campagne de vaccination. 350 M$ sont d’ailleurs prévus en 2021-2022 pour la vaccination contre la COVID-19.

Politiquement, ce budget marqué par la COVID-19 sera rapidement oublié en raison de la pandémie. Pour les parlementaires et les dirigeants des ministères et organismes, c’est maintenant le temps de l’étude des crédits budgétaires des ministères et organismes. Rendez-vous à la fin avril pour cette grand-messe annuelle.